Le Brésil a 500 ans depuis peu. Ce pays jeune a participé pendant plus de trois cents ans au vaste système esclavagiste des Amériques et a été le dernier à abolir l’esclavage en 1888. Des vestiges de ce système subsistent aujourd’hui encore à travers les Quilombos. Ces descendants d’esclaves noirs, rentrés en résistance contre leurs maîtres, vivent isolés aux quatre coins du Brésil, là où leurs ancêtres étaient venus se réfugier pour devenir des hommes libres. Au total, près de trois millions de personnes forment ces communautés secrètes. Contrairement à la question indigène, largement relayée par les médias internationaux, la réalité du peuple quilombos est pratiquement inconnue dans le monde.
La plupart des quilombos se sont crées sur des terres héritées ou cédées par les « barrons » juste avant la fin de l’esclavage ou au moment de l’abolition. Ces terres offertes ne pouvant être vendues, prêtées ou données, appartiennent à la communauté. Des heures de voyage, entre jungles tropicales et terres arides sont souvent nécessaires pour rencontrer ces villageois. Depuis toujours, ces hommes et ces femmes n’ont de cesse de réclamer une citoyenneté reconnue et la propriété de leurs terres sur lesquelles ils vivent depuis des siècles. Long processus de reconnaissance comme descendants d’esclaves puis celui de la titularisation des terres, oppositions violentes des grands propriétaires terriens tout puissants, c’est le long chemin que les habitants de ces communautés doivent parcourir avant de pouvoir obtenir le droit de vivre en paix. Très peu y parvienne, au péril de leur vie.
Assassinats, menaces perpétrées par ces puissants fermiers et leurs « pistoleiros », invasions arbitraires et sans mandats de la police dans les communautés, font du Maranhao un des états le plus violents du pays.
La communaute de Charco dans la région de Sao Vicente a été, il y a peu, le théâtre de cette guerre qui ne dit pas son nom. Flaviano, le responsable communautaire a été sauvagement assassiné de plusieurs balles alors qu’il était tranquillement installé avec des amis dans un bar du coin. « Mon mari était très impliqué dans la lutte qui nous opposent au fazendeiro de la région. Il recevait régulièrement des menaces de mort, et voila, ca devait arriver un jour, Dieu l’a voulu ainsi » se lamente son épouse, traumatisée. Ce jour là, plusieurs hommes de main du fazendeiro, fortement armés, ont fait irruption dans le « Boteco » « Nous étions en train de boire un verre quand ils sont arrivés, ils étaient deux. Un a tiré sans nous adresser la moindre parole et ils sont repartis tranquillement.
C’est terrifiant, mais vous savez, ici, c’est comme ça que ca fonctionne », raconte son ami.
Reportage : Laurent Garcia, Nicolas Ransom, Angela de Aguiar Araujo, en coproduction avec Keepshooting.
Diffusion sur Arte Reportage le 29 octobre 2011
Version complète du magazine sur : http://www.arte.tv/fr/4230886.html
(et extrait dans nos vidéos)
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